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Questions à Elena Sword, étudiante à la HKB
28.01.2026 Elena Sword, en collaboration avec deux autres étudiantes, a développé le projet «Unraveling Song», une installation performative multidisciplinaire. Nous nous sommes entretenus avec elle et avons vu sa représentation.
Elena Sword a grandi aux États-Unis, dans l’Indiana, et a étudié le programme «Music, Science and Technology» à l’université Stanford, avant de venir à la HKB étudier en Master Music Compostition avec l’orientation Creative Practice.
La veille de notre rencontre, elle était en représentation au festival de musique Playtime de la HKB avec son projet «Unraveling Song», qu’elle a initié avec deux autres étudiantes. Ce projet se concentre sur l’interaction entre le son et le mouvement.
Rue Ostermundigenstrasse pendent de nombreux textiles du plafond. L’espace est sombre, et le public observe, curieux, Elena et Lily parmi tous ces tissus. Quand elles se mettent en mouvement à travers le filet, la pièce s’emplit peu à peu de sons. Le grondement du tonnerre, des sons électroniques ainsi que le tintement de cloches viennent se mêler aux chants d’Elena et de Lily. C’est une performance singulière, où le son et le mouvement se répondent et invitent le public à explorer l’installation.
Comment ce projet vous a-t-il été inspiré ?
Pendant mon bachelor, j’ai eu le sentiment qu’il me fallait tapisser un espace institutionnel sévère d’une masse de fils colorés. Puis, lors d’un festival d’art queer en Pologne, j’ai vu une installation où une salle était queerisée par un immense réseau de fils multicolores. Et j’ai vu aussi une installation de Tomás Saraceno, constituée d’une toile d’araignée en nylon noir, dont on pouvait pincer les fils et entendre des sons. J’aimais les aspects sonores interactifs de cette installation, mais aussi l'atmosphère colorée, chaleureuse, féminine et queer de l’autre installation, qui restait silencieuse. Je voulais donc réunir les deux et associer la «vibe» multicolore, textile et artisanale à une interaction sonore.
Saurais-tu décrire le processus qui t'a menée à ton projet ?
C’est une longue histoire ! J’ai appris le crochet en 2021 je crois, et je savais déjà tricoter et coudre auparavant. Le crochet me paraît toutefois plus sculptural, car il peut être orienté dans diverses directions à tout moment. On n’est pas limité par la forme des aiguilles. Je voulais appliquer le crochet, habituellement utilisé pour fabriquer des objets pratiques et souvent associé à un savoir-faire féminin plutôt qu’à une pratique artistique, dans un contexte comme celui-ci, avec des installations de grande envergure. J'entendais relier l’univers de la musique électronique, généralement masculin, à cette forme d’artisanat traditionnellement genrée. J’ai rencontré Anastácia dans les cours de Contemporary Arts Practice et j'ai vu quelques-uns de ces travaux : elle réalise de magnifiques installations textiles sur de vastes surfaces. Nous avons postulé ensemble pour la bourse «Ammann-Falb» à la HKB et présenté notre idée mettant en scène ce réseau de fils haut en couleur, doté de capteurs et de microphones de contact.
Le crochet me paraît toutefois plus sculptural, car il peut être orienté dans diverses directions à tout moment.
As-tu façonné l’installation avec Anastácia ?
Oui. Mais pour tout dire, c'est Anastácia qui a réalisé tout le travail du crochet. Au départ, nous devions le faire ensemble, mais à la fin, j’étais tellement absorbée par les aspects techniques qu’elle a dû tout faire elle-même avec l’aide d’une amie. J’ai aussi collaboré avec l’incroyable chanteuse et artiste du mouvement Lily Li, qui a aussi suivi le programme Composition Creative Practice. Elle a contribué à la conception, à l’interaction avec le public et au travail corporel autour des sculptures. Nous avons performé ensemble en quelque sorte comme un duo voix-mouvement.
Es-tu satisfaite de la prestation d’hier ?
Oui, très ! Tout n'a pas fonctionné comme souhaité, mais le principal si. Les microphones de contact sont ma partie préférée du son à bien des égards, car ils permettent d’entendre les moindres mouvements du textile. Nous avions préparé quelques effets très chouettes avec des retards de voix dans la section chantée de la performance : la sculpture devait se mettre en mouvement, les voix se décaler puis se déplacer avec la sculpture.